Sur le canapé

En ce moment une publicité passe à la télé où l’on voit une hystérique faire une crise de jalousie à son mari à l’aide d’une culotte faussement trouvée dans sa poche, tout ça pour dormir sur le canapé.

Moi, hier soir, je n’ai pas eu besoin de subterfuge pour y passer la nuit. Un week-end sous tension, l’explosion dimanche midi. Il n’en fallait pas plus pour que j’y passe la nuit.

Nous avions réussi à passer trois semaines paisibles. C’était beaucoup… sans doute trop demander pour que ça continue sans heurts. Il va falloir reprendre le quotidien, le rythme de l’indifférence, la longue marche vers une séparation inéluctable.

Pas facile d’écrire tous les jours

Cela fait presque 15 jours que je n’avais pas écrit ici. C’est long, très long et peu conforme à l’idée que l’on se fait d’un journal de bord. Oui, mais c’est difficile d’écrire tous les jours sur un sujet comme celui-ci.

Ecrire, c’est penser. Ecrire sans arrêt, c’est ne penser qu’à ça. J’ai eu envie de penser à autre chose pendant ces deux dernières semaines. Non pas que je sois revenu sur ma décision mais j’ai envie que le quotidien soit léger. L’invasion familiale n’est plus d’actualité mais ça a duré trois semaines. Toujours du monde à la maison, toujours des conversations à suivre et à animer, toujours une tête de circonstance à arborer.

Je n’ai toujours pas parlé à ma femme. Je ne voulais pas le faire pendant qu’il y avait du monde à la maison. Je pense que j’ai bien fait. De toute manière, nous avons réussi à éviter toute tension. La vie de couple s’est mise en parenthèse ça m’a reposé. Le week-end qui vient est le premier du mois de septembre sans autre personne que nous à la maison. Souhaitons que les conflits ne réapparaissent pas trop vite.

De retour de voyage

La semaine dernière a été fantastique. Mes deux déplacements m’ont permis de m’ouvrir sur des sujets passionnants et j’avoue que j’en ai pris plein les neurones et que tout cela m’a donné plein d’idées pour la suite de ma carrière. Malheureusement, je n’y ai pas fait de belles rencontres au sens intime du terme. Et bien que je sois désormais totalement libéré dans ma façon de regarder à nouveaux les femmes, aucune opportunité ne s’est présentée.

J’adore voyager. Même si je trouve que le fait d’être seul à l’hôtel n’est pas la chose la plus agréable qui soit, j’aime partir. J’aime découvrir de nouveaux pays, de nouvelles têtes, de nouvelles cultures. Et puis c’est une formidable parenthèse au couple et j’en ai besoin.

Ma femme n’a jamais supporté que je voyage. Elle fait partie de ces personnes qui ont besoin d’être ensemble pour être rassurées. Et puis j’ai découvert au fil des années qu’elle était d’une jalousie maladive bien que non exprimée. Alors quand je pars en déplacement, ne serait-ce que pour une nuit, elle est fébrile et me met la pression. Il faut que le bisou d’au revoir soit plus appuyé et plus tendre comme si je partais six mois au bout du monde, il faut que je l’appelle quand je suis dans l’avion, quand j’arrive à l’aéroport, puis que je l’informe régulièrement de mon emploi du temps. Elle pose tout un tas de questions, un peu comme un enquêteur qui recoupe ses intuitions par des interrogations croisées.

Tu dînes à l’hôtel ce soir ? Ah bon, tu ne vois pas Machin ? Mais pourtant tu ne m’avais pas dit que vous deviez travailler tous les soirs ? Ah c’est demain que ça commence ? Mais tu n’aurais pas pu partir un jour plus tard alors ? Ah oui, tu as un rendez-vous demain matin, c’est vrai. C’est à quelle heure ? Et elle est mignonne ta cliente ?

Puis s’en suit la série de reproches de fin de conversation.

Ben, dis donc, t’es pas très tendre toi… Non, c’est vrai, t’es loin de la maison, tu pars deux jours comme ça, et puis même pas un mot gentil. Tu pourrais dire que je te manque des fois, non ?

Comment si j’avais envie de le dire après 20 minutes d’interrogatoire en règle. Moi, je finis les conversations comme elles ont commencé. Et puis je n’ai pas l’impression d’être loin quand je suis en voyage. L’éloignement n’est pas une déchirure, une séparation, un manque. Mes déplacements sont très courts, rarement plus de quatre jours. Et puis l’autre ne me manque pas et ne m’a jamais manqué. Je n’ai pas besoin de le savoir dans la pièce à côté pour le savoir proche. C’est une absurdité de dépendre de la géographie d’un être. Combien de gens me sont proches tout en étant à des milliers de kilomètres de moi. Certes, j’ai besoin de les voir régulièrement et de leur parler, mais je n’ai aucun besoin de maintenir un lien ténu pour les sentir avec moi. En général, ces conversations téléphoniques se terminent par cette formule au summum de la provocation :

Bon, bien bonne nuit. Amuse toi bien.

Cette formule résonne à chaque fois dans ma tête comme le signe d’un mépris ultime. Peu importe que je sois en train de bosser, peu importe que j’aie optimisé mon déplacement pour précisément ne pas perdre de temps en loisir, peu importe que je sois en mission, elle me balance cette phrase pour mieux me faire peser ce sentiment de culpabilité qui m’a souvent habité.

Désormais, je ne transige plus avec cette culpabilité et je fais ce que j’ai à faire, sereinement, calmement. J’ai toujours le droit aux mêmes conversations téléphoniques mais je ne les entends plus. Je prête un oreille distraite à ces gérémiades qui n’expriment que trop clairement une aigreur à laquelle je ne sais pas répondre.

En déplacement toute la semaine

Je m’étais trompé, ce n’est pas cette semaine que mes parents débarquent à la maison mais la semaine prochaine. Moi, je suis en déplacement professionnel toute la semaine. D’abord dans le sud de la France puis à l’étranger jusqu’à vendredi. Demain, c’est la rentrée des classes pour deux de mes filles, les plus grandes. Je ne serai pas à leur côté et je crois bien que c’est la première fois depuis leur entrée en maternelle. Cela n’a plus beaucoup d’importance. Les ados, ça ne s’embarrasse pas des parents et c’est très bien ainsi.

Ca va me faire un bien fou d’être loin de la maison pendant quelques jours. Je vais pouvoir respirer, profiter d’une solitude apaisante. Une presque semaine sans se voir, sans s’affronter du regard, sans percevoir la tension dans le bide de l’autre, cinq jours parenthèses d’un quotidien devenu maussade.

Je ne sais pas ce que je vais faire de ces cinq jours loin de nous. Je vais essayer de réfléchir au présent, imaginer l’avenir. A la fin de cette semaine j’aurai  un an de plus.

De plus de quoi ? En ce moment j’ai tendance à croire que je vais avoir un an de moins. Un an de moins à vivre, un an de moins pour rebondir et reconstruire une autre vie. Lorsque l’on est englué dans les tentacules de l’indécision et de l’inaction, le temps qui passe ne s’ajoute pas au temps passé, il se soustrait au temps à venir. C’est en réalisant cela que je me suis mis en marche.

J’ai envie que mes années s’additionnent à nouveau et que demain ne soit plus ce verre à moitié vide.

Le regard des femmes

Hier et avant-hier j’ai passé le plus clair de mon temps dans une grande conférence qui rassemblait plusieurs milliers de personnes. Des hommes et des femmes de presque tous les âges et de presque tous les styles bien que l’audience fut assez “haut de gamme”. Sans raison précise, je me suis mis à regarder les femmes que je croisais avec des yeux différents de d’habitude. Je les ai regardées comme pour percevoir quel pourrait être mon style de femme au moment où j’envisage la rupture et j’entame une nouvelle vie. Sans que ce soit le regard pervers du chasseur en embuscade d’un coup furtif, c’était le regard de celui qui fait un point par rapport au sexe opposé et qui conçoit sa vie amoureuse comme une future page blanche.

J’aime les femmes, sincèrement et passionnément. Je n’ai pas de religion en la matière. Brune, rousse, blonde, blanche ou noire, peu importe, je suis un laïc du genre féminin. Même si je suis conscient que beaucoup de menteurs lourdingues le prétendent pour éviter d’avouer qu’ils ne regardent qu’autre chose, moi je le dis sincèrement : je suis par dessus tout attiré par le regard des femmes. Chez toutes les femmes que je croise, je cherche leur regard pour guetter cette électricité animale qui va allumer l’imaginaire. Je sais, lorsque je regarde une femme et qu’elle accroche ses yeux aux miens, je sais si cette femme peut me plaire ou non. Je sais aussi si je peux lui plaire.

J’ai croisé beaucoup de regards hier et avant hier. Sans esprit de convoitise, tout du moins immédiat, j’ai presque essayé de me rassurer sur la diversité des regards et sur leur chaleur. C’était intéressant. J’ai vu beaucoup de jolies femmes et le plus rassurant est de les avoir vues sans jamais essayer de les comparer à la femme qui partage ma vie depuis 15 ans. Je les ai vues sans m’accrocher à un référentiel, sans en être prisonnier. Je les ai vues juste comme ça, comme on se voit la première fois.

Je ne cherche pas encore une autre femme et je peux même dire que je suis content de ne pas en avoir une, comme tous ces hommes grotesques qui croient à tort qu’il est plus facile de divorcer lorsque l’on a quelqu’un. Non seulement c’est plus difficile car on subit deux pressions au lieu d’une mais c’est plus cruel encore tant il est fréquent que les deux femmes souffrent affreusement : la “femme” d’être quittée pour une autre, la “maîtresse” de servir de pansement au gros nounours impotent et lâche qui ne sait pas se sortir d’une situation tout seul.

Non je ne cherche pas encore de femme, mais j’ai été content d’en trouver du regard.

Plus que quelques jours à attendre

Ca ne peut plus durer, ça devient même insupportable. Hier soir, un banal différent s’est transformé en explication à n’en plus finir. Sans rester plus de 5 secondes sur le sujet initial, elle m’a interpellé :

Mais tu vas le dire ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui s’est passé en juillet pour que tu fasses la gueule tout l’été, que tu me pourrisses mes vacances ? Ca va durer encore longtemps ? Non seulement tu ne me regardes plus mais maintenant tu ne me parles plus, tu n’as pas la moindre attention, tu ne m’appelles plus dans la journée. Le matin, c’est un bisou rapide en me souhaitant une bonne journée, le soir, tu rentres à 9 heures et tu ne me demandes même pas ce que j’ai fait, si je vais bien.

Puis elle a continué :

Moi je n’en peux plus de cette situation. Tu vas me dire ce que tu as ? Tu n’as pas l’impression que plus tu tardes à parler et plus ça prend des proportions délirantes ?

Il était minuit et nous allions nous coucher. Je n’ai pas voulu répondre et entamer une discussion et j’ai temporisé. Je me suis contenté d’un vague :

Oui, je vais te parler mais là ce n’est pas le moment. Je te parlerai bientôt.

Je ne sais pas par quel miracle cette fin de non recevoir somme toute assez lapidaire de ma part n’a pas mis le feu aux poudres. D’habitude, quand je refuse une discussion, c’est comme si nous étions sur un ring et que je refusais le combat. Ca a le don de l’exaspérer et elle n’a alors de cesse que de venir me chercher dans les cordes pour me faire craquer, pour me faire lutter, pour me faire participer à l’affrontement des mots et des paroles acerbes. Ca marche souvent mais hier soir elle a accepté mon forfait et s’est contentée de se coucher sans un mot.

Le temps est venu de lui dire ce que j’ai sur le coeur mais il faut que je patiente encore quelques jours. Oui, car dès le début de la semaine prochaine, mes parents débarquent à la maison pour fêter mon anniversaire mais également celui d’une de mes filles. Ils vont passer quelques jours à la maison et c’est aujourd’hui la seule raison pour laquelle je ne peux pas parler à ma femme. Je veux que cette période d’anniversaire en famille se passe dans la douceur et la sérénité, surtout pour ma fille et mes parents. Je ne veux rien faire d’ici là qui compromette la réussite de cette réunion familiale car les uns et les autres ne sont pas responsables de la situation actuelle et je ne veux surtout pas leur infliger cela.

Dès que la maison se sera vidée, dans une dizaine de jours, je l’inviterai au restaurant pour lui faire part de mon désir de séparation.

Il y a six ans déjà

Les problèmes que nous vivons ne datent pas d’hier. Il y a six ans, en 2001 et pratiquement à la même époque, nous avons connu une période très conflictuelle qui a abouti à une première séparation. Oui, nous nous sommes déjà séparés une fois. Je me souviens de cet été calamiteux. Sans aucun rapport avec les tensions d’alors, nous avions décidé de passer des vacances sur un grand catamaran avec deux autres couples d’amis. Une croisière paradisiaque sur le papier. Une croisière qui a rapidement tourné au cauchemar du point de vue de la relation de couple car s’il y a bien un endroit sur lequel il est problématique de s’engueuler, c’est bien l’exiguïté d’un bateau.

Quelques semaines après être rentrés à Paris, le quotidien reprît ses droits mais les tensions n’avaient pas disparues. Un dimanche d’octobre, alors que le week-end maussade était sur le point de se conclure, elle eut cette phrase malheureuse :

“Je crois bien qu’il faut qu’on se sépare, je pense qu’il faut que tu t’en ailles”.

Le lendemain matin, piqué au plus profond de mon orgueil de male, je faisais ma valise pour aller m’installer à l’hôtel. J’y suis resté dix jours puis je suis revenu cohabiter à la maison le temps de me trouver un appart. Je ne pouvais plus assurer financièrement cette vie hôtelière. Deux mois dans la chambre d’amis, deux mois à se croiser sans se vraiment se parler, deux mois à se toiser dans un rapport de force silencieux mais perfide.

Puis j’ai trouvé cet appart fabuleux en plein coeur du 16ème arrondissement. Près de 140 mètres carrés dans le plus pur style haussmannien, une folie à l’époque mais une folie nécessaire à mes yeux pour y recevoir les enfants et me sentir heureux. C’était trop mais j’avais une énorme envie d’excès, d’abondance et d’insouciance. Je suis resté 6 mois puis j’ai peu à peu repris des relations normales avec ma femme. Il n’y avait plus d’enjeu, donc il n’y avait plus de compétition, plus de conflit. On ne se disputait plus et de temps en temps nous déjeunions ensemble pour parler des enfants et des détails de notre séparation. Un jour un déjeuner s’est prolongé dans une inoubliable sieste crapuleuse et l’attirance physique s’est lentement transformée au fil des semaines en volonté raisonnée de revivre ensemble. Je suis revenu dans l’appartement familial au début de l’été suivant et nous avons construit à nouveau.

Un an plus tard, nous devions donner naissance à notre troisième enfant qui vient de fêter ses quatre ans cet été.

J’ai beaucoup appris de cette première séparation. J’ai notamment acquis la conscience que n’aurions pas le droit à l’erreur et que si les conflits ressurgissaient, cela en serait définitivement fini de notre union.

Je hais les week-ends

Je ne suis vraiment pas à l’aise ce week-end. Etre ici alors que j’ai pris la décision de partir, j’ai l’impression de ne pas être en accord avec moi même. Certes, les enfants sont là. Je suis heureux de les voir et de passer du temps avec eux. Mais il y a le couple et ce n’est pas folichon.

Aujourd’hui, une banale ballade en vélo a tourné court. Elle avait du mal à gérer le siège enfant dans les chemins de la forêt voisine. Ca m’a agacé, comme ça, pour rien. Je lui ai donné mon vélo, j’ai pris le sien et nous sommes rentrés rapidement.

Il y a les raisons pour lesquelles on se sépare et puis il y a tous ces événements dérisoires de la vie quotidienne qui agissent comme autant de petites voix qui vous disent : “Tu as eu raison de prendre cette décision. Maintenant, mets toi en marche et avance“.

Et la thérapie de couple dans tout ça ?

Beaucoup de couples passent par une thérapie avant qu’il ne soit trop tard, avant de se poser la question de la séparation. Ils se raccrochent à cette bouée de sauvetage et j’en connais pour qui ça a marché. Enfin, quand je dis que ça a marché, ce n’est peut-être pas le reflet de la réalité. En fait j’ai le sentiment, peut-être faux d’ailleurs, que la thérapie leur a permis de mieux supporter la situation conflictuelle sans véritablement la régler. Je me souviens des mots de Coluche qui disait à peu près cela dans l’un de ses sketchs :

“Moi, avant, je faisais pipi au lit, j’avais honte. Je suis allé voir un psy. Depuis, je fais toujours pipi au lit, mais je n’ai plus honte.

Bien sûr, c’est très (trop ?) facile de se réfugier derrière cette boutade mais tous les couples que je connais qui ont fait la démarche d’aller voir un psy ne respirent pas le bonheur mais une forme assez subtile et complaisante de résignation. Les problèmes qui les ont amenés à se déchirer et se poser la question de la séparation n’apparaissent pas vraiment réglés, ils apparaissent comme tolérés, supportés. Je trouve aussi très drôle les sessions mars / venus car elles renvoient à un imaginaire formidablement concret. Mais là encore j’ai l’impression que l’on s’efforce de convaincre chacun des protagonistes que l’autre est différent, qu’il faut l’accepter comme tel et ne pas s’offusquer des sujets qui opposent. Ces sujets qui ne seraient finalement que le reflet d’une réalité mal perçue.

Je vais peut-être choquer en disant ça, mais il y a une limite à l’acceptation des défauts de l’autre. C’est précisément ce que l’on retrouve dans le mot de tolérance. La tolérance, ce n’est pas uniquement l’acceptation de l’autre, c’est la vigilance et l’attention.

Je sais que ma femme est une femme et que je suis un homme. Je sais qu’elle est différente de moi et que certains de ses travers pourraient être éclairés par une meilleure connaissance de l’autre. Mais que fait-on du fait que je ne l’aime plus ? Un psy va-t-il me donner la clé d’un amour inconditionnel ? Je n’ai pas envie qu’on m’explique que je peux vivre avec mes problèmes, j’ai envie de ne plus en avoir. C’est sans doute trop demander, mais ne me reprochez pas de courir à la recherche de mon idéal.

Heureux séparés ou malheureux ensemble

Je mentirais si je dissimulais le fait que les enfants sont essentiels dans ma décision ou non de divorcer. Ce n’est pas leur histoire et il y a comme une incroyable injustice à leur imposer les dommages collatéraux découlant de la séparation de leurs parents. Ils nous aiment d’un amour égal et total et j’ai peur de les détruire par cette séparation. Je me suis souvent raisonné en me disant que je n’avais pas le droit de divorcer, que je n’avais pas le droit de perturber ainsi mes enfants.

Mais avant d’être un père, je suis un homme et je crois mériter le bonheur ou du moins tenter d’y accéder comme tout être humain sur cette terre. Ce n’est pas parce que j’ai des enfants que je dois m’interdire de vivre, selon mes inspirations, selon mes désirs et au gré des événements qui jalonnent ma vie. Je dois élever mes enfants avec amour et en tentant de leur donner le meilleur de moi-même, mais cela ne doit pas me conduire pour autant à renoncer à ma propre vie. D’ailleurs, je sais qu’ils m’en voudraient si je leur faisais peser la responsabilité de n’avoir pas pu être heureux.

Un jour, j’ai compris que je pouvais avancer dans la décision de divorcer en partant du principe que mes enfants préfèreraient voir leurs parents heureux que malheureux. Heureux séparés, certes, mais heureux avant tout.

J’aime passionnément mes enfants, à la folie et au-delà de tout autre amour que j’ai pu éprouver dans ma vie. Je ferai tout ce qui en mon pouvoir pour leur assurer l’éducation la plus harmonieuse et la plus douce qui soit mais je ne peux pas les prendre en otage d’une culpabilité ordinaire et faire peser sur leurs épaules trop frêles la responsabilité d’un malheur conjugal.